Il était fasciné par la nature, son mystère, sa complexité, et ses centres de préoccupation comme ses lectures étaient orientés vers les sciences sous tous leurs aspects, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Galaxies, cosmos, atomes et molécules étaient le sujet de beaucoup de nos conversations. Il avait conscience et se plaignait parfois d’être né un siècle trop tôt. Homme d’un futur abstrait et codifié, il menait cependant une existence assez traditionnelle, enfermé dans son atelier et ses pensées.
Dès les années 50, il se posa la question du rôle de l’artiste dans la société. Persuadé d’une profonde aspiration esthétique chez l’homme, il ne cessa de prêcher pour un art social, accessible à tous, s’insurgeant que l’art soit inextricablement lié au pouvoir de l’argent. Il fut le premier artiste à réaliser des éditions afin de permettre la diffusion de son œuvre pour que celle-ci ne soit pas réservée à une élite mais au plus grand nombre.
Il était conscient de vivre à une époque charnière, prêchant le credo d’une collaboration interdisciplinaire « …Tous, architects, peintres, sculpteurs, doivent apprendre à travailler ensemble. Il n’est pas question de nier les œuvres du passé, mais l’on doit comprendre que les aspirations humaines ont changé. Nous devons changer nôtre fa?on de concevoir l’art, particulièrement dans le contexte urbain. Il faut le partager, le rendre accessible, à tous, l’art doit être généreux. »
Après des années de travail, de sacrifices et d’efforts, l’artiste fut projeté au devant de la scène culturelle internationale et devint le «Vasarely» que chacun connaît, ce grand visionnaire, ce magicien de l’émotion, cet artiste charismatique en avance sur son époque, dont la vie fut consacrée à son art dans sa forme la plus exaltée et dont l’œuvre protéliforme, à la durable modernité, porteuse de rêves et d’illusions, reflète jusqu'à l’éblouissement toutes les spéculations et anticipations du siècle et ouvre un champ illimité aux nouvelles générations.
Ce fut un immense privilège de l’avoir approché, si intimement connu, malgré les violences que j’ai par la suite endurées, mais, après tout, les souffrances ne font-elles pas toujours partie du voyage?